De la théorie à la réalité : comment la logique libérale tend à concrétiser le postulat de l'égoïsme universel de l'homme[Essai] par Yann Auger

02-08-2009

Yann Auger, 24 ans. Diplôme d'HEC Paris en 2009, au sein de la spécialisation "Alternative Management". Intérêt particulier pour l'écologie politique, tant dans ses aspects philosophiques qu'économiques. Recruté en tant que chargé de projets développement durable par le Groupe SOS.

Partant du constat que les hommes sont incapables de se mettre d'accord sur une morale et une conception de la vie bonne, les libéraux proposent un système de société qui ne s'appuie sur aucun présupposé moral, donc "amoral". Fondé sur la liberté individuelle, ce système relègue la morale à la seule sphère privée. Pour gérer la société sur la base de ce principe, il faut, dès lors, s'appuyer, selon eux, sur les mécanismes impersonnels que sont le droit abstrait et le marché. Ce dernier permet a priori de canaliser les intérêts individuels et de les orienter vers l'intérêt général, au travers du mécanisme de la « main invisible » décrit par Adam Smith, tout en pacifiant la société (le « doux commerce » de Montesquieu). Pour qu'un tel système fonctionne à grande échelle, les individus doivent accepter de suivre leur intérêt bien compris et se libérer de tout ce qui les empêche d'agir rationnellement : leur comportement doit donc suivre un principe utilitariste. Or, la maximisation utilitariste n'est qu'une des facettes du comportement humain, comme le montrent des auteurs comme Marcel Mauss et George Orwell : certains comportements humains peuvent être fondamentalement désintéressés, sans être pour autant de la pure charité. Ces comportements ne sont pas compatibles avec l'image de l'homo oeconomicus, figure moderne de l'utilitarisme que le système tente d'ériger en norme. Ils sont dès lors menacés par l'extension de la logique libérale. Derrière les appels incessants à « l'adaptation des mentalités au changement » (dont la « nécessaire » réhabilitation de la notion de profit est un bon exemple), se profile une lutte essentielle pour le devenir de l'homme : la tentative de marchandisation de tout bien ou richesse par l'économie de marché pousse l'homme vers un égoïsme rationnel et calculateur. Ainsi, le libéralisme fait reculer les frontières de cette part irréductible d'humanité qu'incarne, notamment, l'esprit du don analysé par Mauss. Comment en sortir ? Entre autres par l'éducation, et le retour à des valeurs simples telles la "common decency" décrite par George Orwell.

Citer l'article  Yann Auger, « De la théorie à la réalité : comment la logique libérale tend à concrétiser le postulat de l'égoïsme universel de l'homme », 02 août 2009, Alternative Management Observatory (AMO), [Essai]
http://appli6.hec.fr/amo/Articles/Fiche/Item/89.sls

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